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Les différents motifs

Aujourd'hui encore, dans les représentations entretenues par beaucoup d'entre nous, l'expression
« toile de Jouy » évoque généralement ces motifs imagés et souvent champêtres, ces « scènes de genre » racontant de véritables histoires tirées de la vie quotidienne autant que de succès littéraires ou lyriques, de légendes mythologiques et de grands épisodes historiques.

Les tendances d'une époque
Ces motifs — dits « camaïeux monochromes » — offraient bien souvent une représentation de la vie quotidienne à la campagne dans une vision toutefois idéalisée, sous l'influence des écrits de Jean-Jacques Rousseau, et dans un style proche du rococo que l'on trouvait déjà chez des peintres comme Boucher ou Watteau.
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la mode est à la campagne et à ses activités. Les aristocrates et grands bourgeois font construire dans leurs jardins de pittoresques folies au charme rustique, à l'exemple de Marie-Antoinette qui, dans les jardins de Versailles, aménage son célèbre « Hameau de la Reine » au Petit Trianon.
À cette même époque, l'exotisme est à l'honneur : l'esprit des Lumières est pétri d'une insatiable curiosité et d'une grande ouverture à l'Autre et à sa différence. On veut découvrir des contrées nouvelles, mieux connaître les peuples, comprendre leurs cultures indigènes. Cet enthousiasme trouve un reflet dans les arts décoratifs du temps. Moyen et Extrême-Orient, Sud-Est asiatique, Europe orientale, toute expédition scientifique ou militaire est prétexte à étude, connaissance, inventaire, classification.

Indiennes et autres Perses…
Contrairement à une opinion répandue qui associe trop souvent toiles de Jouy et décors de scènes champêtres monochromes, les motifs floraux polychromes ont représenté la principale production de la manufacture de Jouy à l'époque d'Oberkampf. Ce furent d'abord les « indiennes », aux motifs de fleurs exotiques et stylisées imitées de l'Inde, puis les « perses », très à la mode à partir de 1790 et encore au retour de Bonaparte de la campagne d'Égypte.
Les dessinateurs y recréent l'environnement végétal à partir des planches et descriptions qu'ils découvrent dans les plus prestigieuses encyclopédies botaniques et naturelles de leur temps. Le courant naturaliste qui se développe alors se confond souvent avec la philosophie rousseauiste idéalisant un retour à l'état de nature. Dans leurs compositions, les dessinateurs mêlent ainsi ce naturalisme à une créativité plus purement fantaisiste et décorative.

Une « star » de la toile de Jouy : Jean-Baptiste Huet
En 1783, Oberkampf, qui avait su s'entourer de collaborateurs remarquables, choisit pour diriger son atelier de dessin un peintre à la notoriété déjà bien établie, Jean-Baptiste Huet.
Au total, plus d'une trentaine de ses dessins ont été imprimés à Jouy et il est incontestable que ses créations ont fait la renommée de la manufacture ou, au moins, en ont fixé le style. Peintre animalier avant tout, les animaux sont omniprésents dans ses œuvres, qui reflètent le courant rousseauiste prônant un retour à la nature idéalisée et s'alimentent d'animaux jusqu'alors inconnus rapportés de ses campagnes militaires par Napoléon Bonaparte.
Tout au long de sa collaboration avec Oberkampf, le style et les thèmes de prédilection de Jean-Baptiste Huet ont cependant évolué dans le temps, passant de la pastorale aux décors faits d'arabesques et de draperies typiques du style Louis XVI, puis à la géométrie très structurée et ordonnée bien dans le goût du courant néoclassique « à l'Antique » de cette fin de XVIIIe siècle.